Je ferme les yeux et pose la serviette sur ma tête. Je frotte mes cheveux pour les secher, puis raccroche cette serviette détrempée sur son support mural, à l'aveuglette. Enfin, j'ouvre les yeux et regarde autour de moi. La vapeur provoqué par la douche donne un aspect floue à la salle de bain où je me trouve. Je m'approche alors de l'évier, et m'asperge le visage d'eau froide. Alors que je me redresse, mon regard se pose sur le miroir, à hauteur de mon visage et mon regard tombe sur celui de mon reflet.
Mes cheveux roux ébourrifés ressemblent sur mon opposé à une vague de flamme. Mes yeux sont doucement descendu et mon regard a croisé celui de mon contraire. Son regard se fait de plus en plus pesant alors que je lutte pour ne pas détourner les yeux. La pression se fait finalement trop forte, et je baisse les yeux vers sa machoire. Un sourire triste se dessine doucement sur mes lèvres, déçu de ne pas avoir réussi à lui résister, avant de me rendre compte qu'il me retourne un sourire narquois.
Je recule alors d'un pas, légerement effrayé par l'aspect carnassier qui se dégage de son visage, et me retourne pour rester figé devant un grand miroir, réfléchissant entierement mon image. Je reste paralysé devant la silhouette, ressemblant davantage à un double démoniaque qu'à une copie de moi-même.
Alors que chaque cellule de mon corps se prépare à fuir cette vision insupportable, le sien semble se préparer pour me bondir dessus. Je remonte mon regard pour affronter à nouveau le sien, mais la pression reste toujours insupportable. Ma faiblesse finit par remplacer ma crainte par de la colère. Mon poing se ferme et part violement dans le miroir qui vole en éclat.
Je reste a nouveau paralysé, comme dans un replit de temps. Je ne sens plus rien, et je reste bloqué, mes yeux dans un éclat toujours suspendu, me renvoyant mon regard. Les morceaux semblent tomber au ralentit, alors que je reste immobile, mes yeux dans les siens. Puis, dans un bruit crystalin de verre brisé, tout redevient normal.
Les derniers morceaux tombent au sol, et je me rend compte que toute la brume qui hantait la pièce à disparut. Je ne sais pas combien de temps je suis resté, à lutter contre mon ombre... mais c'est finit. Je n'ai toujours pas gagné, mais pour une fois, je n'ai pas perdu non plus.
Ne subsite de tout cela que du verre brisé, du sang sur mon poing et la promesse tacite de sept années futures de malheur.